Anuruddha pratique isolé et génère sept pensées pénétrantes. Le Bouddha apparaît devant lui en utilisant ses pouvoirs supranormaux pour lui enseigner une huitème pensée. Grâce à ces huit pensées, il devient capable d'atteindre les quatre jhānas à volonté. A son retour, le Bouddha enseigne aux bhikkhus le détail concernant ces pensées. Finalement, grâce à cette intervention, Anuruddha devient plus tard un arahant.
En une occasion, le Bhagavā résidait chez les Bhaggas, près de Suṃsumāragiri, dans le parc aux cerfs du bois de Bhesakalā, près du repaire du crocodile. En cette occasion, āyasmā Anuruddha1 résidait chez les Cetis dans la bambouseraie orientale. Alors qu'il séjournait seul dans la séclusion, ces réflexions apparurent en lui:
'Ce Dhamma est pour celui qui est modeste, pas pour celui qui est prétentieux. Ce Dhamma est pour celui qui est satisfait, pas pour celui qui est insatisfait. Ce Dhamma est pour celui qui est porté à la séclusion, pas pour celui qui aime la compagnie. Ce Dhamma est pour celui qui est persistant dans l'effort, pas pour celui qui est paresseux. Ce Dhamma est pour celui qui a établi son attention, pas pour celui dont l'attention est relâchée. Ce Dhamma est pour celui qui a un esprit concentré, pas pour celui qui est déconcentré. Ce Dhamma est pour celui qui est doué de sagesse, pas pour celui dont la sagesse est faible.'
Alors le Bhagavā, ayant perçu les réflexions d'āyasmā Anuruddha, aussi rapidement qu'un homme fort pourrait étendre son bras plié ou plier son bras étendu, disparu du parc aux cerfs du bois de Bhesakalā, et réapparut en face d'āyasmā Anuruddha, dans la balbouseraie orientale. Là, il s'assit sur un siège préparé pour lui. Après avoir rendu hommage au Bhagavā, āyasmā Anuruddha s'assit d'un côté. Lorsqu'il fut assis là, le Bhagavā lui dit:
– Sādhu, sādhu Anuruddha, sādhu. Il est bon que tu aies ces sept pensées d'un grand homme: 'Ce Dhamma est pour celui qui est modeste, pas pour celui qui est prétentieux. Ce Dhamma est pour celui qui est satisfait, pas pour celui qui est insatisfait. Ce Dhamma est pour celui qui est porté à la séclusion, pas pour celui qui aime la compagnie. Ce Dhamma est pour celui qui est persistant dans l'effort, pas pour celui qui est paresseux. Ce Dhamma est pour celui qui a établi son attention, pas pour celui dont l'attention est relâchée. Ce Dhamma est pour celui qui a un esprit concentré, pas pour celui qui est déconcentré. Ce Dhamma est pour celui qui est doué de sagesse, pas pour celui dont la sagesse est faible.'
Maintenant, Anuruddha, tu peux réfléchir à la huitième pensée d'un grand homme: 'Ce Dhamma est pour celui qui se plaît dans le non-mondain [litt: la non-diversité], pas pour celui qui se plaît dans le mondain [la diversité des phénomènes].'
Anuruddha, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées d'un grand homme, alors, quand tu le voudras, relativement détourné de la sensualité, détourné des états mentaux malsains, tu entreras et demeureras dans le premier jhāna: ravissement et plaisir nés de la séclusion, accompagnés par les applications initiale et soutenue de l'esprit (à l'objet).
Avec l'apaisement des applications initiale et soutenue de l'esprit, tu entreras et demeureras dans le second jhāna: ravissement et plaisir nés de la concentration, unification de la conscience exempte des applications initiale et soutenue de l'esprit – assurance intérieure.
Avec l'estompement du ravissement tu demeureras dans l'équanimité, attentif et vigilant, physiquement sensible au plaisir. Tu entreras et demeureras dans le troisième jhāna, dont les êtres nobles déclarent: 'Celui qui est équanime et attentif éprouve cette félicité.'
Avec l'abandon du plaisir et de la douleur – et la disparition préalable de l'euphorie et de l'affliction – tu entreras et demeureras dans le quatrième jhāna: pureté de l'équanimité et de l'attention, sans plaisir ni douleur.
Maintenant, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées d'un grand homme et deviens quelqu'un qui peut atteindre à volonté, sans problème ni difficulté, ces quatre jhānas, qui sont des états mentaux élevés procurant un séjour plaisant dans l'ici et maintenant, alors ta robe faite de haillons te semblera tout comme sa malle pleine de vêtements colorés semble à un maître de maison ou à son fils. Puisque tu demeures satisfait, ta robe de haillons servira à ta joie, à ton bien-être, à ta vie sans agitation, et comme une aide pour atteindre Nibbāna.
Maintenant, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées... alors ton repas de nourritures mendiées te semblera tout comme son plat de riz dont les grains noirs ont été retirés, servi avec diverses sauces et assaisonnements, semble à un maître de maison ou à son fils. Puisque tu demeures satisfait, ton repas de nourritures mendiées servira à ta joie, à ton bien-être, à ta vie sans agitation, et comme une aide pour atteindre Nibbāna.
Maintenant, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées... alors ton habitat au pied d'un arbre te semblera tout comme son appartement possédant des pignons, plâtré à l'intérieur et à l'extérieur, protégé des courants d'air, avec des verrous et des volets fermés semble à un maître de maison ou à son fils. Puisque tu demeures satisfait, ton habitat au pied d'un arbre servira à ta joie, à ton bien-être, à ta vie sans agitation, et comme une aide pour atteindre Nibbāna.
Maintenant, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées... alors ta couche faite de paille te semblera tout comme son lit orné d'un couvre-lit fait de laine à poils longs, d'un couvre-lit de laine blanche, d'un couvre-lit brodé, orné de tapis de cuir d'antilope et de peau de daim semble à un maître de maison ou à son fils. Puisque tu demeures satisfait, ta couche faite de paille servira à ta joie, à ton bien-être, à ta vie sans agitation, et comme une aide pour atteindre Nibbāna.
Maintenant, lorsque tu réfléchis à ces huit pensées d'un grand homme et deviens quelqu'un qui peut atteindre à volonté, sans problème ni difficulté, ces quatre jhānas, qui sont des états mentaux élevés procurant un séjour plaisant dans l'ici et maintenant, alors ton médicament fait d'urine de vache odorante2 te semblera tout comme ses médicaments variés tels que beurre, ghee, huile, miel et mélasses sucrées semblent à un maître de maison ou à son fils. Puisque tu demeures satisfait, ton médicament fait d'urine de vache odorante servira à ta joie, à ton bien-être, à ta vie sans agitation, et comme une aide pour atteindre Nibbāna.
– Maintenant, Anuruddha, tu passeras la prochaine saison de mousson ici parmi les Cetis, dans cette bambouseraie orientale.
– Oui, Bhante, répondit āyasmā Anuruddha.
Ayant donné cette exhortation à āyasmā Anuruddha, le Bhagavā, aussi rapidement qu'un homme fort pourrait étendre son bras plié ou plier son bras étendu, disparu de la bambouseraie orientale et réapparu chez les Bhaggas, près du repaire du crocodile. Il s'assit sur un siège préparé pour lui, lorsqu'il fut assis là, il s'adressa aux bhikkhus:
– Bhikkhus, je vais vous enseigner les huit pensées d'un grand homme. Ecoutez et faites bien attention, je vais parler.
– Oui, Bhante, répondirent les bhikkhus.
Quelles sont ces huit pensées d'un grand homme? Ce Dhamma est pour celui qui est modeste, pas pour celui qui est prétentieux. Ce Dhamma est pour celui qui est satisfait, pas pour celui qui est insatisfait. Ce Dhamma est pour celui qui est porté à la séclusion, pas pour celui qui aime la compagnie. Ce Dhamma est pour celui qui est persistant dans l'effort, pas pour celui qui est paresseux. Ce Dhamma est pour celui qui a établi son attention, pas pour celui dont l'attention est relâchée. Ce Dhamma est pour celui qui a un esprit concentré, pas pour celui qui est déconcentré. Ce Dhamma est pour celui qui est doué de sagesse, pas pour celui dont la sagesse est faible. Ce Dhamma est pour celui qui se plaît dans le non-mondain [la non-diversité], pas pour celui qui se plaît dans le mondain [la diversité des phénomènes].
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est modeste, pas pour celui qui est prétentieux.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu, étant modeste, ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là est modeste'. Etant porté à la séclusion, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là est porté à la séclusion'. Etant persistant dans l'effort, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là est persistant dans l'effort'. Ayant établi son attention, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là a établi son attention'. Ayant un esprit concentré, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là a un esprit concentré'. Etant doué de sagesse, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là est doué de sagesse'. Se plaisant dans le non-mondain, il ne veut pas qu'on sache: 'Celui-là se plaît dans le non-mondain'. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est modeste, pas pour celui qui est prétentieux.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est satisfait, pas pour celui qui est insatisfait.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu est satisfait avec n'importe quelle sorte de robe, n'importe quelle sorte de nourriture mendiée, n'importe quelle sorte d'habitat, n'importe quelle sorte de remèdes médicinaux. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est satisfait, pas pour celui qui est insatisfait.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est porté à la séclusion, pas pour celui qui aime la compagnie.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu, lorsqu'il vit dans la séclusion, s'il est visité par des bhikkhus, des bhikkhunis, des hommes séculiers, des femmes séculières, des rois, des ministres royaux, des sectaires et leurs disciples, avec un esprit porté à la séclusion, tendant à la séclusion, enclin à la séclusion, ayant pour but la séclusion et se plaisant dans la renonciation, il ne converse pas avec eux plus que ce qui est nécessaire pour qu'ils s'en aillent. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est porté à la séclusion, pas pour celui qui aime la compagnie.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est persistant dans l'effort, pas pour celui qui est paresseux.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu est persistant dans son effort pour abandonner les états mentaux malsains et pour adopter les états mentaux sains. Il est résolu, solide dans son effort, ne manquant pas à ses devoirs en ce qui concerne les états mentaux sains. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est persistant dans l'effort, pas pour celui qui est paresseux.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui a établi son attention, pas pour celui dont l'attention est relâchée.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu est attentif, hautement circonspect, se souvenant et gardant à l'esprit même des choses qui ont été faites et dites il y a longtemps. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui a établi son attention, pas pour celui dont l'attention est relâchée.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui a un esprit concentré, pas pour celui qui est déconcentré.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu détaché de l'appétence, détaché des états d'esprit malsains, entre et demeure dans le premier jhāna, né du détachement, accompagné par les applications initiale et soutenue de l'esprit, et pénétré par la béatitude et la félicité.
Avec l'apaisement des applications initiale et soutenue de l'esprit, et acquérant la tranquillité intérieure et l'unification de l'esprit, il entre et demeure dans le second jhāna, né de la concentration, libre des applications initiale et soutenue de l'epsrit, pénétré par la béatitude et la félicité.
Après la disparition de la béatitude, il demeure équanime, attentif et avec une claire compréhension [de l'impermanence], il ressent dans son corps la félicité au sujet de laquelle les êtres nobles disent: 'Celui qui ressent cette félicité est attentif et équanime.' Ainsi, il pénètre le troisième jhāna.
Après l'éradication du plaisir et de la douleur, avec joie, l'affliction ayant disparu, il entre et demeure dans un état au-delà du plaisir et de la douleur, le quatrième jhāna, qui est totalement purifié par l'équanimité et l'attention. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui a un esprit concentré, pas pour celui qui est déconcentré.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est doué de sagesse, pas pour celui dont la sagesse est faible.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où un bhikkhu est sage de la manière suivante: il est doué de la sagesse qui lui permet de voir l'apparition et l'extinction [i.e. l'impermanence], qui est noble et pénétrante, menant à la destruction complète de la souffrance. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui est doué de sagesse, pas pour celui dont la sagesse est faible.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui se plaît dans le non-mondain, pas pour celui qui se plaît dans le mondain.' Et en référence à quoi cela a-t-il été dit? C'est le cas où l'esprit d'un bhikkhu le presse de réaliser la cessation du caractère diffus du monde [i.e. Nibbāna], il s'y plaît, il y est établi et est libéré par elle. Il a été dit: 'Ce Dhamma est pour celui qui se plaît dans le non-mondain, pas pour celui qui se plaît dans le mondain.' Voici ce en référence à quoi cela a été dit.
Durant la saison de mousson suivante, āyasmā Anuruddha demeura là même, dans la bambouseraie orientale, chez les Cetis. Séjournant seul, dans la sélcusion, attentif, ardent et résolu, il atteint rapidement et demeura dans le but suprême de la vie sainte, pour lequel les fils de bonne famille quittent à raison leur foyer pour vivre la vie sans foyer, le connaissant et le réalisant pour lui-même dans l'ici et maintenant. Il sut: 'La naissance est finie, la vie sainte menée à son terme, la tâche remplie. Il n'y a rien de plus pour moi dans ce monde.' Ainsi, āyasmā Anuruddha devint un autre parmi les arahants. Lorsqu'il atteignit l'état d'arahant, il formula ces versets:
L'Instructeur, sans égal dans le monde,
Connaissait mes pensées et est venu me voir;
Avec un corps créé par son esprit,
Il est venu à moi par son pouvoir psychique.
Il m'a enseigné plus que je ne savais,
Plus que ce que mes pensées ne contenaient:
Le Bouddha, se plaisant dans le non-mondain,
M'a enseigné l'état non-mondain.
Et ayant ainsi appris le Dhamma,
J'ai vécu réjoui par son enseignement
J'ai gagné la triple connaissance,3
J'ai exécuté les ordres de l'Instructeur.
Notes
1. Anuruddha: était un prince Sakya, un cousin du Bouddha, et le frère de Mahānāma. Le Bouddha l'a désigné plus tard comme étant le meilleur dans l'exercice de l'oeil divin (AN 1.192).
2. ton médicament fait d'urine de vache odorante: dans la médecine ayurvédique, l'urine de vache fermentée est considérée comme un médicament de grande efficacité curative et revigorante. A cet effet, un récipient contenant de l'urine de vache et des fruits d'Amla (myrobalan) était enterré pendant un certain temps.
3. la triple connaissance: tisso vijjā: le souvenir des existences passées, la connaissance du trépas et de la renaissance des êtres, la connaissance de l'élimination des impuretés.
d'après le travail effectué à partir du Pali par Thanissaro Bhikkhu.
et Numerical discourses of the Buddha de Nyanaponika Thera et Bhikkhu Bodhi

