Les Kālāmās ont entendu tellement de discours contradictoires de la part de prêcheurs en tous genres qu'ils ne savent plus à qui ils peuvent faire confiance. Le Bouddha leur dit qu'il ne faut rien accepter par l'entremise d'une confiance irréfléchie, puis leur donne des critères de jugement, comment s'assurer une vie harmonieuse et quatre assurances qui en découlent en dépit de l'incertitude.
Evaṃ me sutaṃ:
Les Kālāmās de Kesaputta vont voir le Bouddha
Un jour, le Bhagavā, alors qu'il
passait par le pays de Kosalā en compagnie d'une grande
communauté de bhikkhus, entra dans une ville des Kālāmās
appelée Kesaputta. Les Kālāmās qui habitaient Kesaputta entendirent dire : "Gotama le contemplatif,
le bhikkhu, un fils des Sakyans ayant quitté son clan, est entré dans Kesaputta. La bonne réputation
du Maître Gotama s'est répandue jusqu'ici:
il est un Bhagavā, un arahant, un Sammāsambuddha, accompli en théorie et en
pratique, sublime connaisseur des mondes, dompteur inégalé de ceux qui peuvent être dressés, instructeur des devas et de humains.1
Il a fait connaître, l'ayant compris par lui-même clairement et par connaissance
directe, ce monde avec ses devas, māras et brahmās, cette génération avec ses contemplatifs et ses prêtres,
ses dirigeants et ses peuples. Il enseigne, avec la conception juste et les mots justes, le Dhamma qui est bénéfique au départ, bénéfique au
milieu, bénéfique à la fin, et qui est parfaitement complet; il expose la vie sainte, qui est parfaitement pure.
Il est bon de voir un homme aussi exceptionnel."
Ainsi donc, les Kālāmās qui habitaient Kesaputta s'en
allèrent là où se trouvait le Bhagavā. En
arrivant là, certains lui rendirent hommage et s'assirent de
côté; d'autres échangèrent des salutations
avec lui et à la fin d'une discussion cordiale et
mémorable, s'assirent de côté; certains le
saluèrent en levant leur paumes jointes et s'assirent de
côté; certains annoncèrent leur nom et leur
famille et s'assirent de côté; certains, sans rien dire,
s'assirent de côté.
Les Kālāmās de Kesaputta demandent conseil au Bouddha
Une fois qu'ils furent assis, les Kālāmās de Kesaputta
dirent au Bhagavā :
&ndash Il y a des renonçants et des
brahmanes, Vénérable, qui visitent Kesaputta.
Ils n'exposent et n'expliquent que leur propre doctrine; celles
des autres, ils les méprisent, les ridiculisent, les injurient et les mettent
en pièces. D'autres renonçants et brahmanes
également, Vénérable, viennent à
Kesaputta. Eux aussi n'exposent et n'expliquent que leur propre
doctrine; celles des autres, ils les méprisent, les
ridiculisent, les injurient et les mettent en pièces. Vénérable,
il nous prend des doutes et des incertitudes à leur
sujet. Lesquels de ces respectables renonçants et
brahmanes disent le vrai et lesquels disent le faux ?
Le critère de rejet
&ndash Il est approprié, dans votre situation, Kālāmās, de douter et
d'être incertains; le doute est apparu en vous à cause de faits déroutants.
Dans ce cas, Kālāmās, ne vous fiez
pas à ce que vous avez simplement entendu dire, ni à ce qui est véhiculé par les traditions,
ni à ce que les gens répètent, ni aux écritures attribuées à des sages, ni à vos conjectures, ni à vos inférences,
ni à ce qui vous semble acceptable après réflexion, ni à l'habileté de celui qui parle,
ni à la pensée: "ce contemplatif est notre instructeur". O Kālāmās, si vous savez de
vous-mêmes: "Ces choses sont mauvaises; ces choses sont
blâmables; ces choses sont condamnées par les sages; si
on les entreprend et si on les observe, ces choses conduisent à la nuisance et au malheur", alors abandonnez-les.
Avidité, aversion, et illusion
&ndash Qu'en pensez-vous, Kālāmās? Est-ce que
l'avidité, l'aversion et l'ignorance2 apparaissent chez quelqu'un pour son
bénéfice ou pour son malheur?
&ndash Pour son malheur, Vénérable.
&ndash Kālāmās, une personne avide, enfiellée, ignorante,
adonnée à l'avidité, à l'aversion et à l'illusion,
contrôlée par l'avidité, l'aversion et l'illusion,
prend la vie d'autrui, vole, commet des inconduites sexuelles, raconte des mensonges,
et pousse les autres à en faire autant. Cela en fera-t-il quelqu'un de nuisible et malheureux
pendant longtemps?
&ndash Oui, Vénérable.
&ndash Qu'en pensez-vous, Kālāmās? Est-ce que ces choses
sont bonnes ou mauvaises?
&ndash Mauvaises, Vénérable.
&ndash Blâmables ou non blâmables?
&ndash Blâmables, Vénérable.
&ndash Condamnées ou louées par les sages?
&ndash Condamnées, Vénérable.
&ndash Si on les entreprend et si on les observe, ces choses
conduisent-elles à la nuisance et au malheur, ou non? Que vous en
semble-t-il?
&ndash Si on les entreprend et si on les observe, ces choses conduisent
à la nuisance et au malheur. C'est là ce qu'il nous en semble.
&ndash C'est pour ces raisons, Kālāmās, que nous avons dit: ne vous fiez
pas à ce que vous avez simplement entendu dire, ni à ce qui est véhiculé par les traditions,
ni à ce que les gens répètent, ni aux écritures attribuées à des sages, ni à vos conjectures, ni à vos inférences,
ni à ce qui vous semble acceptable après réflexion, ni à l'habileté de celui qui parle,
ni à la pensée: "ce contemplatif est notre instructeur". O Kālāmās, si vous savez de
vous-mêmes: "Ces choses sont mauvaises; ces choses sont
blâmables; ces choses sont condamnées par les sages; si
on les entreprend et si on les observe, ces choses conduisent à la nuisance et au malheur", alors abandonnez-les.
Le critère d'acceptation
&ndash Comme je l'ai dit, Kālāmās, ne vous fiez
pas à ce que vous avez simplement entendu dire, ni à ce qui est véhiculé par les traditions,
ni à ce que les gens répètent, ni aux écritures attribuées à des sages, ni à vos conjectures, ni à vos inférences,
ni à ce qui vous semble acceptable après réflexion, ni à l'habileté de celui qui parle,
ni à la pensée: "ce contemplatif est notre instructeur". Kālāmās, si vous savez de
vous-mêmes: "Ces choses sont bonnes ; ces choses ne sont pas
blâmables; ces choses sont louées par les sages; si on
les entreprend et si on les observe, ces choses conduisent à la
bienfaisance et au bonheur", alors entreprenez-les et
observez-les.
Absence d'avidité, de haine, et d'illusion
&ndash Qu'en pensez-vous, Kālāmās? Est-ce que l'absence
d'avidité, d'aversion et d'illusion3 apparaît chez quelqu'un pour son
bénéfice ou pour son malheur?
&ndash Pour son bénéfice, Vénérable.
&ndash Kālāmās, une personne qui n'est pas avide, ni enfiellée, ni ignorante,
qui ne s'adonne pas à l'avidité, à l'aversion et à l'illusion,
qui n'est pas contrôlée par l'avidité, l'aversion ni l'illusion,
ne prend pas la vie d'autrui, ne vole pas, ne commet pas d'inconduites sexuelles, ne raconte pas de mensonges,
et ne pousse pas les autres faire de telles choses. Cela en fera-t-il quelqu'un de bienfaisant et heureux
pendant longtemps?
&ndash Oui, Vénérable.
&ndash Qu'en pensez-vous, Kālāmās? Est-ce que ces choses
sont bonnes ou mauvaises?
&ndash Bonnes, Vénérable.
&ndash Blâmables ou non blâmables?
&ndash Non blâmables, Vénérable.
&ndash Condamnées ou louées par les sages?
&ndash Louées, Vénérable.
&ndash Si on les entreprend et si on les observe, ces choses
conduisent-elles à la bienfaisance et au bonheur ou non? Que vous en
semble-t-il?
&ndash Si on les entreprend et si on les observe, ces choses conduisent
à la bienfaisance et au bonheur. C'est là ce qu'il
nous en semble.
&ndash C'est pour ces raisons, Kālāmās, que nous avons dit:
"ne vous fiez pas ... "
Les Quatre Attentions bienfaisantes
&ndash Le disciple des êtres nobles, Kālāmās, qui est de
la sorte dépourvu de convoitise, dépourvu de mauvaise
volonté, désillusionné, qui comprend clairement
et est toujours attentif, répand des vibrations d'aimable bienveillance
dans la première direction [l'est], de même pour la seconde, la troisième et la quatrième directions.
Et ainsi vers le haut également, vers le bas, et dans tous les sens,
pour tous comme pour lui-même, il demeure en répandant des vibrations d'aimable bienveillance
avec un esprit vaste, exalté, sans limites, sans hostilité ni ressentiment. .
&ndash Il répand des vibrations de compassaion
dans la première direction ... sans hostilité ni ressentiment.
&ndash Il répand des vibrations de joie altruiste ...
&ndash Il répand des vibrations d'équanimité ...
Les Quatre Assurances
&ndash Le disciple des êtres nobles, Kālāmās, qui est de
la sorte dépourvu de convoitise, dépourvu de mauvaise
volonté, désillusionné, non corrompu et pur,
a gagné quatre assurances dans l'ici-et-maintenant.
&ndash La première assurance qu'il a gagnée est la suivante :
"S'il y a un au-delà, que les actions, bonnes ou mauvaises, portent des fruits et produisent des effets,
alors, il est possible qu'à la dissolution du corps, après la
mort, je réapparaisse dans une bonne destintation, un monde céleste".
&ndash La seconde assurance qu'il a gagnée est la suivante :
"S'il n'y a pas d'au-delà et si les actions, bonnes ou mauvaises, ne portent pas de fruits ni ne produisent d'effet,
je vis tout de même heureux dans cette vie, ici-et-maintenant, libéré de l'hostilité et du ressentiment".
&ndash La troisième assurance qu'il a gagnée est la suivante :
"Si la souffrance échoit à celui qui se comporte mal, puisque je m'efforce de ne causer aucun mal à personne,
comment pourrais-je attirer la souffrance ?
&ndash La quatrième assurance qu'il a gagnée est la suivante :
"Si la souffrance n'échoit pas à celui qui se comporte mal,
alors je suis purifié dans tous les cas".
&ndash Le disciple des êtres nobles, Kālāmās, qui est de
la sorte dépourvu de convoitise, dépourvu de mauvaise
volonté, désillusionné, non corrompu et pur,
a gagné ces quatre assurances dans l'ici-et-maintenant.
&ndash C'est ainsi, ô Bhagavā. C'est ainsi, ô
Sublime. Le disciple des êtres nobles, qui est de
la sorte dépourvu de convoitise, dépourvu de mauvaise
volonté, désillusionné, non corrompu et pur,
a gagné ces quatre assurances dans l'ici-et-maintenant.
&ndash Merveilleux, Vénérable ! Merveilleux, Vénérable !
C'est comme si, Vénérable, quelqu'un redressait ce qui s'était tordu,
ou révélait ce qui était
caché, ou montrerait le chemin à quelqu'un qui se serait
perdu, ou porterait une lampe dans l'obscurité pour que ceux
qui ont des yeux puissent voir les objets visibles. De cette manière, le Dhamma
a été rendu clair au moyen de diverses dialectiques par le
Bhagavā. Nous, Vénérable, allons
au Bhagavā, au Dhamma et au Sangha pour prendre refuge. Vénérable, que le Bhagavā
nous considère comme des disciples séculiers qui ont pris
refuge pour la vie, à partir de ce jour.
Notes
1. Passage qui revient souvent dans les suttas. En pali :
vijjacaranasampanno sugato lokavidu
anuttarapurisadammasarathi
sattha devamanussanam buddho bhagava ti.
2. Appétence (avidité), aversion et ignorance sont les trois sources de la souffrance. Le Sutta original répète trois fois les paragraphes de cette séquence, pour chacune de ces trois causes. Il a été choisi ici de n'écrire qu'une seule séquence, comme le fait Bhikkhu Bodhi, afin de rendre la lecture plus facile.
3. Idem
Edité par le webmaster à partir de la traduction disponible sur canonpali.org, d'après le travail effectué à partir du Pali par Thanissaro bhikkhu.

