Le brahmane Saṅgārava considère que devenir bhikkhu est un acte égoïste. Le Bouddha lui démontre le contraire, puis fait un exposé sur les trois types de miracles.
En une occasion, le brahmane Saṅgārava vint voir le Bhagavā et, à son arrivée, il échangea des salutations courtoises avec lui. Après cet échange de salutations courtoises et amicales, il s'assit d'un côté. Lorsqu'il fut assis là, il dit au Bhagavā:
– Nous sommes brahmanes, bho Gotama. Nous faisons des sacrifices et nous enjoignons les autres à en faire. Et tous ceux qui font des sacrifices, ceux qui enjoignent les autres à faire des sacrifices, s'engagent tous dans une pratique méritoire - le sacrifice - qui bénéficie à d'innombrables êtres. Mais celui qui, en quittant sa famille, a quitté la vie de foyer pour la vie sans foyer, et ne se dompte que lui-même, ne se calme que lui-même, ne s'amène que lui-même à Nibbāna. Sa pratique méritoire, celle consistant à quitter la vie de foyer pour la vie sans foyer, ne bénéficie qu'à un seul être: lui-même.
– Hé bien, brahmane, dans ce cas je vais te répondre par une question. Tu répondras comme bon te semblera. Que penses-tu? Dans le cas où un Tathāgata apparaît dans le monde, un arahant, un Sammāsambuddha, parfaitement accompli en théorie et en pratique, sublime connaisseur des mondes, entraîneur inégalé de ceux qui sont prêt à être domptés, instructeur des devas et des humains, un Bouddha, un Bhagavā. Il dit: 'Ici! Voici la voie, voici la pratique qu'en ayant moi-même pratiqué, j'ai eu la connaissance directe et j'ai réalisé le plus haut achèvement de la brahmacariya, que je proclame maintenant. Venez! Vous aussi, pratiquez de telle manière que par votre propre effort vous puissiez aussi connaître directement et réaliser le plus haut achèvement de la brahmacariya et demeurer dans sa réalisation!' Ainsi, cet instructeur enseigne le Dhamma, et les autres pratiquent également de cette manière. Et il y en a des centaines, des milliers, des centaines de milliers. Puisqu'il en est ainsi, cette pratique méritoire consistant à quitter la vie de foyer pour la vie sans foyer ne bénéficie-t-elle qu'à un seul être, ou de nombreux êtres?
– Puisqu'il en est ainsi, bho Gotama, cette pratique méritoire consistant à quitter la vie de foyer pour la vie sans foyer bénéficie à de nombreux êtres.
Lorsque cela fut dit, āyasmā Ānanda s'adressa ainsi au brahmane Saṅgārava:
– De ceux deux pratiques, brahmane, laquelle te semble être la moins compliquée, la moins violente, la plus fructueuse et la plus bénéfique?
– Je dois honorer et rendre un culte à ceux qui sont comme maître Gotama et maître Ānanda, répondit Saṅgārava.
Une seconde fois, āyasmā Ānanda lui dit:
– Brahmane, je ne t'ai pas demandé qui tu honores ou à qui tu rends un culte, mais je t'ai demandé: 'De ceux deux pratiques, brahmane, laquelle te semble être la moins compliquée, la moins violente, la plus fructueuse et la plus bénéfique?'
– Je dois honorer et rendre un culte à ceux qui sont comme maître Gotama et maître Ānanda, répondit Saṅgārava pour la seconde fois.
Une troisième fois, āyasmā Ānanda lui dit:
– Brahmane, je ne t'ai pas demandé qui tu honores ou à qui tu rends un culte, mais je t'ai demandé: 'De ceux deux pratiques, brahmane, laquelle te semble être la moins compliquée, la moins violente, la plus fructueuse et la plus bénéfique?'
– Je dois honorer et rendre un culte à ceux qui sont comme maître Gotama et maître Ānanda, répondit Saṅgārava pour la troisième fois.
Alors le Bhagavā pensa: 'Cela fait la troisième fois que ce brahmane Saṅgārava, en étant pertinemment questionné par Ānanda, élude la question et n'y répond pas. Ne devrais-je pas le libérer de cette situation?' Et il lui dit:
– Brahmane, quel est le sujet de conversation qui est apparu aujourd'hui entre les courtisans royaux, lorsqu'ils se sont assis ensemble dans le palais royal?
– Bho Gotama, voici le sujet de conversation qui est apparu aujourd'hui entre les courtisans royaux, lorsqu'ils se sont assis ensemble dans le palais royal: 'Auparavant, il y avait moins de bhikkhus, mais il y en avait plus qui faisaient preuve de miracles de pouvoir supranormaux transcendant le niveau humain. Maintenant, il y a plus de bhikkhus, mais il y en a moins qui font preuve de miracles de pouvoir supranormaux transcendant le niveau humain. Voici quel était le sujet de la conversation.
– Brahmane, il y a trois types de miracles. Quels sont ces trois? Le miracle des pouvoirs supranormaux, le miracle de la lecture des pensées, et le miracle de l'instruction.
Et qu'est-ce que le miracle des pouvoirs supranormaux? Il y a le cas où une personne exerce différents pouvoirs supranormaux. Ayant été unique, il devient plusieurs. Ayant été plusieurs, il devient un. Il apparaît. Il disparaît. Il traverse les murs, les remparts et les frontières sans gêne, comme si c'était à travers l'espace. Il plonge dans la terre et en émerge comme si c'était de l'eau. Il marche sur l'eau sans s'y enfoncer, comme si c'était sur la terre. Assis les jambes croisées, il vole dans les airs comme un oiseau ailé. Avec sa main, il touche et caresse la lune et le soleil, si puissants et imposants. Il exerce une influence avec son corps aussi loin que le monde de Brahmā. Voici ce qu'on appelle le miracle des pouvoirs supranormaux.
Et qu'est-ce que le miracle de la lecture des pensées? Il y a le cas où une certaine personne lit [les pensées de quelqu'un d'autre], par l'intermédiaire d'un nimitta [en disant:] 'Telle est ta pensée, voici où est ta pensée, tel est ton esprit'. Et même s'il fait beaucoup de telles déclarations, il en va exactement ainsi et pas autrement.
Il y a aussi le cas où une certaine personne lit [les pensées de quelqu'un d'autre], non par l'intermédiaire d'un nimitta, mais en entendant les voix des êtres humains, des êtres non-humains, ou des devas [en disant:] 'Telle est ta pensée, voici où est ta pensée, tel est ton esprit'. Et même s'il fait beaucoup de telles déclarations, il en va exactement ainsi et pas autrement.
Il y a aussi le cas où une certaine personne lit [les pensées de quelqu'un d'autre], ni par l'intermédiaire d'un nimitta, ni en entendant les voix des êtres humains, des êtres non-humains, ou des devas, mais en entendant le son des vibrations-pensées de quelqu'un [en disant:] 'Telle est ta pensée, voici où est ta pensée, tel est ton esprit'. Et même s'il fait beaucoup de telles déclarations, il en va exactement ainsi et pas autrement.
Il y a aussi le cas où une certaine personne lit [les pensées de quelqu'un d'autre], ni par l'intermédiaire d'un nimitta, ni en entendant les voix des êtres humains, des êtres non-humains, ou des devas, ni en entendant le son des vibrations-pensées, mais en ayant atteint une concentration libérée de la pensée et en pénétrant la conscience [de l'autre] avec sa propre conscience, et il sait: 'Etant donné l'inclination des saṅkhāras mentaux de cette vénérable personne, il va immédiatement penser à ceci.' Et même s'il fait beaucoup de telles déclarations, il en va exactement ainsi et pas autrement. Voici ce qu'on appelle le miracle de la lecture des pensées.
Et qu'est-ce que le miracle de l'instruction? Il y a le cas où une certaine personne donne des instructions de cette manière: 'Tu devrais penser de cette manière-ci, et ne pas penser de cette manière-là. Tu devrais t'occuper de ceci, et ne pas t'occuper de cela. Tu devrais abandonner ceci et demeurer dans la réalisation de cela'. Voici ce qu'on appelle le miracle de l'instruction.
Voici quels sont les trois miracles.
Maintenant, brahmane, parmi ces trois miracles, lequel te paraît être le plus haut et le plus sublime?
– Bho Gotama, en ce qui concerne les miracles des pouvoir supranormaux et de lecture des pensées, il s'agit de miracles dont seul celui qui les effectue fait l'expérience, et qui n'appartiennent qu'à celui qui l'effectue. Cela me semble avoir la nature d'un tour de prestigiditateur. Mais en ce qui concerne le miracle de l'instruction, c'est le miracle qui, parmi les trois, me paraît être le plus haut et le plus sublime.
C'est extraordinaire, bho Gotama. C'est remarquable, bho Gotama, avec quelle adresse cela a été déclaré par bho Gotama. Et nous nous souviendrons que bho Gotama est pourvu de ces trois miracles: bho Gotama exerce les divers pouvoirs supranormaux. Il pénètre mentalement et lit l'esprit des autres. Et il donne aux autres des instructions de cette manière: 'Tu devrais penser de cette manière-ci, et ne pas penser de cette manière-là. Tu devrais t'occuper de ceci, et ne pas t'occuper de cela. Tu devrais abandonner ceci et demeurer dans la réalisation de cela'.
– Assurément, brahmane, tu m'as manqué de respect avec cette déclaration,{1} mais je vais tout de même la confirmer. En effet, j'exerce les divers pouvoirs supranormaux... je pénètre mentalement et je lis l'esprit des autres... je donne des instructions aux autres sur la manière dont ils devraient conduire leur esprit.
– Mais, mis à part bho Gotama, y a-t-il des bhikkhus qui sont pourvus de ces trois miracles?
– Oui, brahmane. Il n'y a pas seulement cent autres bhikkhus, ni deux cent, ni trois cent, ni quatre cent, ni cinq cent autres bhikkhus: les bhikkhus qui sont pourvus de ces miracles sont bien plus nombreux encore que cela.
– Et, bho Gotama, où ces bhikkhus séjournent-ils, à présent?
– Dans ce même sangha de bhikkhus.
– Magnifique, bho Gotama, Magnifique. Comme s'il avait redressé ce qui avait été renversé, révélé ce qui était caché, montré le chemin à celui qui se serait perdu, ou porté une lampe dans l'obscurité de sorte que ceux qui ont des yeux puissent voir les formes, de même bho Gotama a clarifié le Dhamma de différentes manières. Je prends refuge auprès de bho Gotama, auprès du Dhamma, et auprès du Sangha. Puisse bho Gotama se souvenir de moi comme d'un disciple séculier qui a pris refuge auprès de lui, à compter de ce jour et pour la vie.
Notes
1. manqué de respect: Saṅgārava a manqué de respect en prétendant avoir connaissance des réalisations personnelles auxquelles le Bouddha est parvenu, même si son affirmation ressemble plutôt à un éloge. En effet, le Bouddha déclare souvent qu'aucun être dans l'univers ne peut sonder l'étendue de ses réalisations.
d'après Numerical discourses of the Buddha de Nyanaponika Thera et Bhikkhu Bodhi,
rendu accessible en ligne par la BPS, et le travail de Thanissaro Bhikkhu.
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